Michel Janva s'en va !

Merci au Dr Pons de nous avoir signalé cet poisson d'arrêt. Sur le site du Salon Beige, le blogmestre a annoncé ce premier avril qu'il prenait une "retraite méritée" après vingt-deux ans de bon et loyal service de la cause pro-vie. Même si c'est une blague de saison - on en a connue de meilleures - Michel Janva est rattrapé par le destin des blogs individuels et portatifs, la lassitude, la modestie budgétaire ou l'épuisement du filon. Il teste en fait sa possibilité d'en finir.

Fort à propos, il signale l'éclosion ou la conversion de sites de droite qui ont repris les thèmes du Salon Beige, tels que TV Libertés, L’Incorrect, Frontières, Boulevard Voltaire, Causeur, Figarovox, Marianne, Le Point, Valeurs Actuelles et France catholique. Pourquoi insister s'il n'est plus question de survie mais juste d'accompagnement ?

Le billet de fermeture est accessible par ici, qui se termine ainsi :
« Sur le plan politique, nos idées ne sont plus isolées, même si le combat pro-vie est encore loin d’être gagné. L’Assemblée et même le Sénat voient des élus défendre le respect de la vie à la tribune, des mairies défendent les familles ou la liberté scolaire. Même au Parlement européen, les convictions pro-vie ont désormais droit de cité.»

Du Salon Beige, celui qui en parle le mieux c'est Le Mal Pensant en cliquant ici.

Extrait : Pourquoi le lire aujourd’hui ?
« Vingt ans après sa création, Le Salon Beige n’a pas viré de bord, n’a pas cherché à se normaliser, n’a pas arrondi les angles pour décrocher des financements publics. Dans un paysage médiatique 2025-2026 où la défiance envers les grands médias bat des records historiques, cette constance est en elle-même un argument. Les sujets que le blog traitait en 2004 avec une poignée de lecteurs, la crise de l’identité chrétienne en Europe, la dérive des institutions sur les questions bioéthiques, la décomposition du modèle familial, sont devenus des thèmes de campagne électorale, de débat parlementaire, de livres traduits dans toute l’Europe.
On peut ne pas partager une seule ligne de sa vision du monde. On peut trouver certains de ses articles excessifs, ses angles trop chargés, ses sources parfois discutables. Mais ignorer ce que son audience représente, c’est refuser de comprendre une fracture réelle dans la société française. Le Salon Beige existe parce qu’un besoin existe. Et ce besoin, personne d’autre ne prend la peine de le satisfaire. Dans un pays où la presse subventionnée dit ce qu’il faut penser, Le Salon Beige dit ce que beaucoup pensent sans oser le dire.»

Bonne retraite virtuelle à Michel Janva s'il a un jardinet où rêver de roses et un petit verger de pommes à croquer.

Rodolphe Crevelle, 7 ans déjà !

Il y a sept ans aujourd'hui, une semaine d'années donc, mourait à 64 ans Rodolphe Crevelle, polémiste du grand jeu d'orgues royaliste, l'archétype de l'anarchiste mystique et inspiré, maître dans l'art de la communication qui aurait dû être un exemple pour tous les propagandistes de la cause monarchiste. La notice nécrologique de Georges Feltin-Tracol l'a bien cerné (clic), mais c'est l'eulogie de Joseph Joly dans L'Incorrect (clic) qui sut faire le résumé d'une vie hors du commun et passablement désespérée qui, reconnaissons-le, nous mettait en cause, nous les bloggeurs du dimanche abrités de la pluie. Petit extrait :

« Responsable d’un « empire de presse » confidentiel et réactif, Rodolphe Crevelle a rénové bien des concepts. Réticent à l’égard des Orléans et d’une grande hostilité envers le prétendant légitimiste, le théoricien anarcho-royaliste se tourne d’abord vers les Bourbons-Busset, les aînés non dynastes des Capétiens, puis vers les Bourbons-Parme. Dans le cadre de l’anarcho-royalisme, il promeut la « république royale », la réclusion du roi de France au Mont Saint-Michel et la floraison de « républiques cantonales » fondées sur le tirage au sort et le référendum d’initiative populaire. Depuis plusieurs années déjà, Rodolphe Crevelle sentait venir le mouvement des « Gilets Jaunes ». Il essaya malheureusement de lui donner une véritable consistance politique...etc ».

Mais la nécro la plus émouvante fut celle de Frédéric Winkler sur le site du GAR (clic), émouvante parce qu'il l'avait côtoyé et apprécié à sa juste valeur. Extrait :

« Fort de ses ambitions comme de ses certitudes, il savait braver tous les obstacles, tel un condottiere seul contre tous. Il savait lancer des canulars dans un humour grinçant et provocateur, n’ayant rien à perdre, pourfendant le système républicain comme en d’autres temps il l’aurait fait noblement avec l’épée. Il est vrai qu’aujourd’hui les rapports d’hommes sont rares, le système génère veulerie et lâcheté ! La notion du « coup d’état », du complot permanent l’a toujours habité, comme à tout royaliste digne de ce nom. Cela jusqu’au bout, lorsqu’il amenait encore récemment un Prince au milieu des « Gilets Jaune », renouant ainsi l’union, comme aimait à le dire Marcel Jullian : « Peuple et Roi sont de droits divin ». Il y croyait à cette marche sur Paris lui le normand alors que les chouans avaient échoué ! Ce « dernier coup de rein » comme il me disait avant que la vieillesse nous indispose. Le coup du sort voulu que la maladie l’emporte avant et gagne, là où ni la prison, les amendes, la répression, les procès comme les provocations n’avaient pu le faire fléchir…»

Rodolphe Crevelle faisait immédiatement penser à d'autres carbonari contemporains épuisés de doctrine et de rage comme Jean-Hedern Hallier ou encore Abel Pomarède, vigneron royaliste jamais découragé, des grilles de l'Observatoire à la retraite heureuse et frugale à Saint-Joseph des Carmes de Montréal !

lis blanc couché sur une flaque noire

Le Lys Noir fut d'abord un blogue (période 2008-2009). Cette période fut un galop d'essai pour une communication royaliste décalée et offensive qui le convainquit qu'il fallait faire plus lourd pour marquer de son empreinte le sol politique. Viendra alors le Lys Noir imprimé et en ligne qui sera la base de tous les scandales médiatico-politiques de Rodolphe Crevelle.

Feuilleter le Lys Noir imprimé, permet de mesurer l'effondrement de la communication royaliste, faite aujourd'hui de recopiages soit des archives du passé (essentiellement l'océan Maurras) tels que les pratique le site de "La Faute à Rousseau", soit des articles convenants de la presse mainstream imprimée, comme s'y adonne le webzine "Je Suis Français". S'en convaincre en piochant dans la liste des collections proposées en cliquant ici (17 n°) et là (24 n°) ! On en ressort très déstabilisé, se demandant aujourd'hui pourquoi on a pris la carte. Mais Le Bien Commun de l'Action française sauve la mise quelque part (on en a parlé).

Le testament politique de Rodolphe Crevelle est presque entièrement dans le Mini-Lys n°16 du 12.07.2013 (clic - c'est long). Evidemment ce n'était pas un testament à l'époque, mais un plan, un programme. Il fut largement moqué dans les cénacles royalistes compassés qui n'ont pas fait grand chose depuis sa mort pour faire avancer la cause monarchiste : « messe - galette - jeanne », on s'en contentera avec une petite université d'été.

Voilà. C'était un hommage à ma façon. Je ne l'ai pas connu, je l'ai beaucoup lu, jusqu'à le bien connaître.

Catoneo

Les journaux "royalistes"

Depuis l'arrêt de parution du quotidien L'Action Française canal historique à la Libération, la communication royaliste n'a jamais pu retrouver le lustre d'antan. La presse quotidienne est un monde fermé, à part, c'est la vraie presse. On parle même de PQR, presse quotidienne régionale, pour désigner la section provinciale de la vraie presse. L'hebdo c'est du magazine, le mensuel, une revue. Plus espacés, ce sont des cahiers d'érudition comme Les Annales de l'EHESS (env. 400p) voire de réflexion comme Front Populaire (env. 150p). Le distributeur de presse c'est le kiosque, voire le point-presse ou le présentoir du bar-tabac.

Il n'y a plus de "journaux" royalistes depuis longtemps. Nos hebdos éphémères passent ensuite au mois faute de lecteurs en nombre suffisant avant de disparaître. Deux publications tirent encore au marbre, Le Bien Commun du CRAF et Politique Magazine de la RN. Ce sont des mensuels de bonne qualité mais comme ils ont versé du côté obscur de la Force, ce sont des publications de la droite dure noyées parmi les papiers du microcosme, mais de peu de poids pour promouvoir la monarchie.
On y lira tout ce qu'on lit dans les autres journaux de la sphère réputée complotiste comme Rivarol, L'Incorrect, Minute, Valeurs actuelles... On en lit un, on n'a pas besoin de les lire tous, ils se recopient. Et la presse du perpétuel mécontentement finit par lasser car elle se substitue et empêche la réaction. Les défis ne sont pas affrontés par la plume ou le clavier. C'est pourtant ce que nous faisons ici et maintenant. Il faut chausser les bottes de fer !

L'alternative numérique n'est pas mieux lotie bien que voulant surfer sur la vague Internet. Elle se veut quotidienne mais ne compile que des articles pompée dans la vraie presse. Paie-t-elle les droits ? Je l'ignore. Son drame est de trop rarement rédiger des articles originaux, qui parfois sont des resucées d'analyses éparses. On n'y sent aucune doctrine fondée sur le concret. A part de se rallier au concert de crécelles de la droite extrême, elle ne produit rien en propre parce qu'elle n'a pas de plan de conquête du pouvoir, pas même un programme de conquête de l'opinion. Elle n'a plus assez de talents rédactionnels, elle n'a plus de Pierre Boutang et "la Politique comme souci" ni les grandes plumes des Épées. Prendre aujourd'hui le parti de Poutine n'est pas rémunérateur. Ce secteur est encombré de super-connards. On ne les citera pas de peur d'en oublier, ils sont nombreux et plus encore dans l'attente.

La déliquescence de la Cinquième République remet en selle la tentation monarchique. Mais il faut projeter aux gens l'image du régime proposé, leur montrer l'articulation des pouvoirs, garantir la prise en compte des aspirations populaires et avoir un canal de diffusion robuste. Les chapelains royalistes en sont incapables. Les prétendants en sont incapables. Les chapelles sont devenues des conservatoires de la pensée maurassienne, et cultivent sous serre des idées obsolètes comme le souverainisme, le Frexit ou la monnaie nationale. Elles sont des cercles de conformité aux idées vieilles ; qui séduisent parce qu'elles ont échoué ? Les chapelles ne connaissent pas la France réelle d'aujourd'hui, elles y préfèrent la France rêvée d'hier. C'est poétique, pas politique.
Il y a aussi des associations royalistes patrimoniales très sympathiques par ailleurs mais qui ne pèsent rien dans la promotion de la monarchie.

L'Action Française est devenue une ligue d'extrême-droite comme une autre, mais petit format. Elle n'a pas de solution praticable au déclin français ni à la crise de régime. Elle incante en formant le cercle de chariots, mais les Indiens ne l'attaquent pas car elle est quantité négligeable et ne peut faire masse.
Beaucoup de bonne volonté, de générosité, pas de maître à penser, pas d'innovation, pas de créativité, c'est la définition d'un musée.
Tout est à revoir !
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