Rodolphe Crevelle, 7 ans déjà !

Il y a sept ans aujourd'hui, une semaine d'années donc, mourait à 64 ans Rodolphe Crevelle, polémiste du grand jeu d'orgues royaliste, l'archétype de l'anarchiste mystique et inspiré, maître dans l'art de la communication qui aurait dû être un exemple pour tous les propagandistes de la cause monarchiste. La notice nécrologique de Georges Feltin-Tracol l'a bien cerné (clic), mais c'est l'eulogie de Joseph Joly dans L'Incorrect (clic) qui sut faire le résumé d'une vie hors du commun et passablement désespérée qui, reconnaissons-le, nous mettait en cause, nous les bloggeurs du dimanche abrités de la pluie. Petit extrait :

« Responsable d’un « empire de presse » confidentiel et réactif, Rodolphe Crevelle a rénové bien des concepts. Réticent à l’égard des Orléans et d’une grande hostilité envers le prétendant légitimiste, le théoricien anarcho-royaliste se tourne d’abord vers les Bourbons-Busset, les aînés non dynastes des Capétiens, puis vers les Bourbons-Parme. Dans le cadre de l’anarcho-royalisme, il promeut la « république royale », la réclusion du roi de France au Mont Saint-Michel et la floraison de « républiques cantonales » fondées sur le tirage au sort et le référendum d’initiative populaire. Depuis plusieurs années déjà, Rodolphe Crevelle sentait venir le mouvement des « Gilets Jaunes ». Il essaya malheureusement de lui donner une véritable consistance politique...etc ».

Mais la nécro la plus émouvante fut celle de Frédéric Winkler sur le site du GAR (clic), émouvante parce qu'il l'avait côtoyé et apprécié à sa juste valeur. Extrait :

« Fort de ses ambitions comme de ses certitudes, il savait braver tous les obstacles, tel un condottiere seul contre tous. Il savait lancer des canulars dans un humour grinçant et provocateur, n’ayant rien à perdre, pourfendant le système républicain comme en d’autres temps il l’aurait fait noblement avec l’épée. Il est vrai qu’aujourd’hui les rapports d’hommes sont rares, le système génère veulerie et lâcheté ! La notion du « coup d’état », du complot permanent l’a toujours habité, comme à tout royaliste digne de ce nom. Cela jusqu’au bout, lorsqu’il amenait encore récemment un Prince au milieu des « Gilets Jaune », renouant ainsi l’union, comme aimait à le dire Marcel Jullian : « Peuple et Roi sont de droits divin ». Il y croyait à cette marche sur Paris lui le normand alors que les chouans avaient échoué ! Ce « dernier coup de rein » comme il me disait avant que la vieillesse nous indispose. Le coup du sort voulu que la maladie l’emporte avant et gagne, là où ni la prison, les amendes, la répression, les procès comme les provocations n’avaient pu le faire fléchir…»

Rodolphe Crevelle faisait immédiatement penser à d'autres carbonari contemporains épuisés de doctrine et de rage comme Jean-Hedern Hallier ou encore Abel Pomarède, vigneron royaliste jamais découragé, des grilles de l'Observatoire à la retraite heureuse et frugale à Saint-Joseph des Carmes de Montréal !

lis blanc couché sur une flaque noire

Le Lys Noir fut d'abord un blogue (période 2008-2009). Cette période fut un galop d'essai pour une communication royaliste décalée et offensive qui le convainquit qu'il fallait faire plus lourd pour marquer de son empreinte le sol politique. Viendra alors le Lys Noir imprimé et en ligne qui sera la base de tous les scandales médiatico-politiques de Rodolphe Crevelle.

Feuilleter le Lys Noir imprimé, permet de mesurer l'effondrement de la communication royaliste, faite aujourd'hui de recopiages soit des archives du passé (essentiellement l'océan Maurras) tels que les pratique le site de "La Faute à Rousseau", soit des articles convenants de la presse mainstream imprimée, comme s'y adonne le webzine "Je Suis Français". S'en convaincre en piochant dans la liste des collections proposées en cliquant ici (17 n°) et là (24 n°) ! On en ressort très déstabilisé, se demandant aujourd'hui pourquoi on a pris la carte. Mais Le Bien Commun de l'Action française sauve la mise quelque part (on en a parlé).

Le testament politique de Rodolphe Crevelle est presque entièrement dans le Mini-Lys n°16 du 12.07.2013 (clic - c'est long). Evidemment ce n'était pas un testament à l'époque, mais un plan, un programme. Il fut largement moqué dans les cénacles royalistes compassés qui n'ont pas fait grand chose depuis sa mort pour faire avancer la cause monarchiste : « messe - galette - jeanne », on s'en contentera avec une petite université d'été.

Voilà. C'était un hommage à ma façon. Je ne l'ai pas connu, je l'ai beaucoup lu, jusqu'à le bien connaître.

Catoneo

Les journaux "royalistes"

Depuis l'arrêt de parution du quotidien L'Action Française canal historique à la Libération, la communication royaliste n'a jamais pu retrouver le lustre d'antan. La presse quotidienne est un monde fermé, à part, c'est la vraie presse. On parle même de PQR, presse quotidienne régionale, pour désigner la section provinciale de la vraie presse. L'hebdo c'est du magazine, le mensuel, une revue. Plus espacés, ce sont des cahiers d'érudition comme Les Annales de l'EHESS (env. 400p) voire de réflexion comme Front Populaire (env. 150p). Le distributeur de presse c'est le kiosque, voire le point-presse ou le présentoir du bar-tabac.

Il n'y a plus de "journaux" royalistes depuis longtemps. Nos hebdos éphémères passent ensuite au mois faute de lecteurs en nombre suffisant avant de disparaître. Deux publications tirent encore au marbre, Le Bien Commun du CRAF et Politique Magazine de la RN. Ce sont des mensuels de bonne qualité mais comme ils ont versé du côté obscur de la Force, ce sont des publications de la droite dure noyées parmi les papiers du microcosme, mais de peu de poids pour promouvoir la monarchie.
On y lira tout ce qu'on lit dans les autres journaux de la sphère réputée complotiste comme Rivarol, L'Incorrect, Minute, Valeurs actuelles... On en lit un, on n'a pas besoin de les lire tous, ils se recopient. Et la presse du perpétuel mécontentement finit par lasser car elle se substitue et empêche la réaction. Les défis ne sont pas affrontés par la plume ou le clavier. C'est pourtant ce que nous faisons ici et maintenant. Il faut chausser les bottes de fer !

L'alternative numérique n'est pas mieux lotie bien que voulant surfer sur la vague Internet. Elle se veut quotidienne mais ne compile que des articles pompée dans la vraie presse. Paie-t-elle les droits ? Je l'ignore. Son drame est de trop rarement rédiger des articles originaux, qui parfois sont des resucées d'analyses éparses. On n'y sent aucune doctrine fondée sur le concret. A part de se rallier au concert de crécelles de la droite extrême, elle ne produit rien en propre parce qu'elle n'a pas de plan de conquête du pouvoir, pas même un programme de conquête de l'opinion. Elle n'a plus assez de talents rédactionnels, elle n'a plus de Pierre Boutang et "la Politique comme souci" ni les grandes plumes des Épées. Prendre aujourd'hui le parti de Poutine n'est pas rémunérateur. Ce secteur est encombré de super-connards. On ne les citera pas de peur d'en oublier, ils sont nombreux et plus encore dans l'attente.

La déliquescence de la Cinquième République remet en selle la tentation monarchique. Mais il faut projeter aux gens l'image du régime proposé, leur montrer l'articulation des pouvoirs, garantir la prise en compte des aspirations populaires et avoir un canal de diffusion robuste. Les chapelains royalistes en sont incapables. Les prétendants en sont incapables. Les chapelles sont devenues des conservatoires de la pensée maurassienne, et cultivent sous serre des idées obsolètes comme le souverainisme, le Frexit ou la monnaie nationale. Elles sont des cercles de conformité aux idées vieilles ; qui séduisent parce qu'elles ont échoué ? Les chapelles ne connaissent pas la France réelle d'aujourd'hui, elles y préfèrent la France rêvée d'hier. C'est poétique, pas politique.
Il y a aussi des associations royalistes patrimoniales très sympathiques par ailleurs mais qui ne pèsent rien dans la promotion de la monarchie.

L'Action Française est devenue une ligue d'extrême-droite comme une autre, mais petit format. Elle n'a pas de solution praticable au déclin français ni à la crise de régime. Elle incante en formant le cercle de chariots, mais les Indiens ne l'attaquent pas car elle est quantité négligeable et ne peut faire masse.
Beaucoup de bonne volonté, de générosité, pas de maître à penser, pas d'innovation, pas de créativité, c'est la définition d'un musée.
Tout est à revoir !

Malliarakis ‡

Jean-Gilles Malliarakis est mort hier dimanche à Paris.

Je ne le connaissais pas personnellement mais il lisait mon travail sur Royal-Artillerie, m'avait-on dit, sans jamais intervenir du moins sous son vrai nom. Nous perdons un analyste pointu des questions greco-turques et de tout l'espace turcique, mais surtout un éditeur dénicheur de valeurs oubliées, comme la somme de Beau de Loménie sur les dynasties bourgeoises ou les travaux de Bastiat qui étaient les livres de chevet de Ronald Reagan pour apprendre l'économie, voire pour certaines proscrites comme la Volonté de puissance de Nietzsche dans sa première traduction. Quelqu'un prendra-t-il la suite aux Editions du Trident ?

Son blog L'Insolent servait à remettre à l'endroit le jugement hâtif de chroniqueurs pressés et l'actualité dans l'axe du bon sens. Il a malheureusement disparu dans le naufrage, pour le moment du moins. Peut-être que la famille le remettra en ligne. C'est une perte pour le souverainisme intelligent.

A sa famille, j'adresse mes condoléances les plus sincères.

Catoneo

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