Ce qui peut étonner est que cette dispute théologique et d'obéissance se livre de chaque bord par des communiqués de presse, comme si la communication pouvait suppléer la discorde, voire l'incompréhension d'au moins l'une des parties qui n'accepte pas le décret. On "discute" de la schismaticité de la consécration des évêques depuis au moins le mois de février !
La presse catholique en ligne et en kiosque en parle d'abondance, mais il faut commencer par les deux sites originateurs que sont Vatican News et La Porte Latine. Nous n'entrerons pas dans la relation besogneuse des faits depuis la première excommunication prononcée par le pape Jean-Paul II en 1988, mais pour la faire courte, le pape actuel a prévenu la FSSPX que la consécration d'évêques en dehors de son autorité signerait le schisme et couperait la FSSPX de l'Eglise de Rome. Les hiérarques de la Fraternité sont passés outre le 1er juillet, le pape a excommunié tout le monde le lendemain.
Il est patent que les responsables de la FSSPX ont méjugé le pape Léon. Ce n'est pas un discutailleur. Il étudie, prévient, juge, tranche et coupe ! En fait, c'est un prélat américain formé au Pérou contre les Evangéliques et le Sentier lumineux, qui ne s'en laisse pas compter. Quarante ans d'ondulations pontificales les ont trompés. La FSSPX se retrouve devant le même mur que celui du pape polonais qui ne supportait pas la contestation.
Le nœud gordien est tranché. Un pied dehors, un pied dedans, telle fut la stratégie perdante de la FSSPX qui s'est crue investie d'une mission divine de régénérescence de l'Eglise conciliaire, abusivement modernisée selon elle par Vatican II. En reculant dans le fauteuil, on notera que c'est toujours le Vatican qui a cherché un *modus vivendi* pour garder cette branche attachée à l'arbre. Après l'allègement des sanctions par Benoît XVI, l'autorisation de confesser et de célébrer des mariages donnée par le pape François, puis l'accueil d'une messe tridentine dans la basilique Saint-Pierre de Rome donné par Léon XIV, rien n'y fit, la Fraternité est restée inébranlable.
Contrairement à ce qui se dit dans la presse généralement bien informée, ce n'est pas le rite en latin ou les gestes célébrant le sacrifice de la messe qui sont en cause, mais tout le droit canon issu du concile contesté. Mais comment contester un concile et rester, ou vouloir rester, dans l'institution ?
Que je sache, Luther, théologien de son temps, voulut réformer l'Eglise de Rome et dut en prendre son parti : *La putain rouge de Babylone* refusait de se dissoudre dans sa réforme. Il établit donc sa propre confession en dehors d'elle. C'était clair ! Pourquoi la FSSPX s'est-elle enferrée dans un dialogue à sens unique avec la Sainte Inquisition romaine, rebaptisée autrement par Pie X. C'est pour moi une énigme et le restera, dès lors que le raidissement est la réaction la plus visible au décret d'invisibilisation. La Frat ne plie pas mais ne donne pas non plus son projet d'avenir. N'est-il pas temps d'ouvrir une Eglise libre de la Tradition ?
Le Dicastère pour la Doctrine de la Foi a publié la procédure de réintégration des clercs repentis. C'est aussi dur que les sentences de Dom Bernard Gui d'il y a sept siècles et clairement destiné à barrer l'accès des repentis aux communautés diocésaines qu'ils pourraient ensemencer aux rites du schisme. Tout y est provisoire comme si les docteurs de la Foi anticipaient des rechutes dans l'erreur, les repentis sont présumées relaps en devenir.
D'aucuns dans la sphère catholique voudraient débattre du bien-fondé de cette excommunication, en convoquant les positions respectives. Il n'y a rien à débattre. Il n'y a pas de pouvoir du Demos dans l'Eglise catholique. Les espaces de débat sont les conciles. Ils s'ouvrent et ils se ferment. Dans l'intervalle, c'est une monarchie absolue faite d'obéissance au pouvoir suprême, et même si le collège des évêques a l'habitude d'échanges entre ses membres, cette habitude est un clapet de décompression du refus d'évolution des mœurs qui remonte des diocèses. Pour le dicastère, il n'y a plus rien à discuter. C'est une fin de non-recevoir. Le Supérieur général Pagliarani, dans son ultime tentative d'imposer sa vision passablement douceureuse, ne l'a pas encore compris, mais sa base, si ! Il n'y a plus débat.
L'excommunication va conditionner les relations à la marge qu'entretenait la FSSPX avec des communautés situées à sa périphérie comme les associations scoutes, les royalistes, les princes et plus généralement la contre-révolution. Les manifestations patriotiques intégrant un office religieux ne pourront pas accueillir des prêtres schismatiques à sa célébration sauf à rompre elles-aussi avec l'Eglise de France, et dans un autre domaine, des familles en vue dans la classe politique française ne pourront plus mettre leurs enfants dans une institution du schisme. Je pense au comte de Paris actuel. Déjà l'évêque de Bayonne ferme ses églises et ses chapelles à la FSSPX. Nul doute que les autres vont suivre. Mais l'été va passer là-dessus, sans pour autant que la situation de rupture ne s'améliore ; au Vatican, la page est déjà tournée.
Reste à comprendre pourquoi cette affaire explose aujourd'hui. Que la FSSPX ait besoin de pasteurs pour guider ses ouailles (600.000 fidèles revendiqués) n'est pas douteux. Mgr Fellay et Mgr Galarreta approchent des 70 ans. Mais qu'ils passent outre l'avertissement sans frais du pape Léon XIV signale une méconnaissance de la stratégie pontificale.
Le pape forme ses bataillons en préparation de plusieurs menaces qu'il perçoit, sans doute pour moi : l'intelligence artificielle en passe de gouverner le monde en lieu et place des dirigeants politiques ; mais aussi la mise en œuvre très prochaine de la physique quantique qui démultiplie le décryptage de toutes les sûretés en tous domaines ; en enfin le risque d'affrontement des empires vers une troisième guerre mondiale, possiblement nucléaire. S'y ajoute une conflagration mondiale plus lointaine mais presque sûre par la ruée des populations tropicales vers des territoires plus tempérés où elles risquent de survivre tout simplement. Il y a de quoi faire.
Face à ces pronostics, le pape juge que l'Eglise doit être unie avec lui sans arrière-pensées et dans toutes ses institutions. L'heure n'est plus à la dispute théologique, le sexe des anges (même si c'est une affabulation) n'est plus au programme. Il n'attend pas non plus le secours d'églises concurrentes dans un œcuménisme bon teint. Finalement il a quelque chose en lui de Jules II.
Liens utiles à copier (non cliquables) :
- https://laportelatine.org/actualite/declaration-de-foi-catholique-adressee-au-pape-leon-xiv
- https://www.vaticannews.va/fr/pape/news/2026-06/pape-derniere-lettre-fraternite-sacerdotale-saint-pie-x.html
- https://laportelatine.org/actualite/sacres-episcopaux-ce-que-labbe-pagliarani-a-dit-aux-membres-de-la-fraternite-saint-pie-x
- https://laportelatine.org/actualite/communique-de-la-maison-generale-a-lissue-des-consecrations-episcopales
- https://laportelatine.org/actualite/lettre-au-saint-pere-concernant-le-decret-du-dicastere-pour-la-doctrine-de-la-foi
- https://www.vaticannews.va/fr/eglise/news/2026-07/le-schisme-de-lefebvre-se-repete-apres-38-ans.html
- https://www.vaticannews.va/fr/vatican/news/2026-07/consecrations-episcopales-lefebvristes-excommunication-decretee.html
- https://www.vaticannews.va/fr/vatican/news/2026-07/pretres-et-laics-lefebvristes-procedure-de-retour-communion.html
- https://diocese64.org/communique-de-mgr-marc-aillet-a-propos-de-la-fraternite-saint-pie-x/