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Pierre Builly †2025

L'Action française a perdu deux communicants d'importance en la personne de Michel-Yves Michel et de Pierre Builly, décédés au début de ce mois. Le premier était sociologue, réactionnaire et royaliste providentialiste, fervent soutien du prince d'Orléans en attente, mais un peu touffu dans ses pérégrinations doctrinales, finalement un peu daté mais toujours au rempart (archives).

Le second était sous-préfet et officier de la Légion d'Honneur, à de nombreuses reprises, attaché de cabinets ministériels voire chef de cabinet de Jacques Toubon, et pas moins royaliste que le premier mais plus subtil.

Comme le sous-préfet aux champs d'Alphonse Daudet mâchonnait des violettes en versifiant dans le petit bois de trousse-chemise, Pierre Builly était un cinéphile savant qui a produit plus de trois centaines de recensions cinématographiques de haute qualité avec le ton juste et les détails qui vous font revenir. Vers la fin de sa vie, il participait par ses "films" et ses commentaires à la vie du quotidien méridional en ligne Je Suis Français, pour faire redescendre parfois l'exaltation de contributeurs royalistes trop éloignés du vrai pays réel. Il va nous manquer.

Olivier Perceval a fait la double eulogie qui va bien ici.

Aux familles et aux amis de chacun, nous présentons nos condoléances sincères.

N°75 du Bien Commun

Pour sa campagne d'abonnement 2025-2026, le n°1O des Petits-Champs a posté un exemplaire du mois de juillet 2025 de son mensuel Le Bien Commun à tous ses anciens abonnés.
Question format, il est revenu au tabloïd (41x29) et fait seize pages, comme l'Action Française 2000 d'antan. Seize pages c'est sans doute un peu juste pour un mensuel. L'AF2000 en proposait autant mais deux fois par mois. Je pense qu'une livraison à 24 pages serait de meilleur rendement, avec sans doute un peu de publicité pour adoucir la charge d'imprimerie, puisqu'il semble qu'une publiciste a été recrutée dans l'ours. Mais pour ce faire, il faut des rédacteurs, si possible intéressants.

Dans cette petite recension du n°75, nous allons directement à l'article de fond doctrinal sous forme d'un entretien avec Marin de Viry (page 10). L'auteur de Un roi immédiatement" (PGDR Editions) connaît bien le vrai pays réel et appelle à investir le champ politique actuel, pas seulement en télétravail mais au contact, en se salissant les idées. C'est rare dans le milieu royaliste qui lave plus blanc que blanc d'aller prendre un chemin un peu "crasseux". La réponse qu'y fait F. Marcilhac en page 11 enjolive l'histoire, assène les invectives habituelles contre la République mais ne percute pas. C'est tout le logiciel d'Action française qui serait à revoir, suggère l'invité.

L'autre article intéressant de cette livraison est proposé par Jean-Philippe Chauvin. Il y parle de nos grands chefs d'entreprise mondialisés qui ont perdu tout souci d'amélioration de la situation économique française. Il vise juste. Mais le remède prôné pêche par une méconnaissance du milieu entrepreneurial pour la simple raison que JP Chauvin est un professeur d'histoire et qu'il n'a jamais travaillé dans le secteur marchand auquel il donne des leçons. C'est d'ailleurs le drame de l'Action française ; elle ne recrute pas dans le top-tiers des chefs d'entreprise. Il faut dire qu'à promouvoir le prince d'Orléans le plus insuffisant et bedonnant de sa génération ne doit pas y aider. Le mensuel lui consacre toute sa page 3, autant de place perdue !

Les autres rubriques, affaires étrangères, culture sont bien tenues car elles correspondent aux profils (académiques) des rédacteurs, mais comme à l'époque du journal précédent, il est des auteurs qui devraient s'effacer car ils tournent en boucle, thèse, antithèse, synthèse au roi. Lire le titre, l'amorce et la signature suffit à les comprendre pour n'avoir pas à lire le texte tant le thème est convenu. Je pense que certains qui continuent dans le sillon de Pierre Pujo devraient raccrocher.

Bien aimé l'artcle d'Eric Georgin sur Boualem Sansal (p.5). Dans un texte ramassé, il va au fond de la question en oubliant quand même l'incroyable légèreté de l'écrivain. La lecture quotidienne du Matin d'Algérie qui trace les exactions continues du régime militaro-islamiste l'en aurait prévenu. Sansal a péché par excès de confiance.

Le défi de la périodicité n'est pas relevé pour l'instant. Il est très difficile à affronter, car pour palier l'impossible fraîcheur des nouvelles, il faut produire des analyses de fond qui peuvent rebuter l'abonné ou offrir des reportages captivants sur des réalités lointaines. L'équipe du Bien Commun est enfermée dans le catalogue d'analyses des grandes plumes du passé et elle n'a pas de reporters.

Sur le plan technique, une erreur subsiste depuis l'AF2000 d'ailleurs, c'est la caricature à la une qui en mange la moitié. Ce choix visuel est valable si le journal est en kiosque car il faut attirer le regard, mais par abonnement, c'est autant de place perdue. Un bon point pour finir, la rédaction a supprimé la page d'informations militantes qui aux jours d'Internet ne servait plus à rien. On a donc récupéré de l'espace rédactionnel.

Conclusion : peut mieux faire ; et pour cela doit renforcer son tour de table et démarcher de la publicité commerciale. Finalement c'est une affaire d'argent as usual.

N° 29 du Bien Commun

L'Action Française a eu la bonté de m'adresser le n°29 du Bien Commun (mai 2021) aux fins d'abonnement. Je l'en remercie et vous invite à acheter ce magazine si on vous le propose dans la rue. C'est 48 pages au format demi-tabloïd tiré en trois colonnes sur du papier couché vendu 7 euros. Tout commence bien, mis à part la police de titre qui ne va pas (elle n'emplit pas l'espace titre). Plutôt que d'en faire une recension ennuyeuse pour qui n'a pas le numéro sous les yeux, nous avons pris le parti de parler aujourd'hui du meilleur article (à notre idée) de cette livraison et de finir par quelques recommandations gratuites au plan éditorial et de fabrication.
couverture du Bien Commun
Las des billets pour initiés ou militants convaincus d'avance, j'ai eu plaisir d'entendre quelqu'un de neuf me parler d'un projet neuf avec clarté, en page 40. Je ne connais pas Augustin-Marie Aubry et la Fraternité Saint-Vincent-Ferrier non plus, même si le saint me dit quelque chose.
Le père Augustin-Marie est maître des novices chez la FSVF. Il a publié Obéir ou Assentir chez Desclée de Brouwer et propose à Béatrice Challes la Semaine Aquinas qui a l'ambition de quitter "la confusion des idées" pour retrouver un "penser clair". La prochaine session*, qui se tiendra à Sées en Normandie, aura pour thème la nature.

« Ce thème de la nature est en soi une protestation. La nature est ce qui est donné et qu'on n'a pas construit soi-même avec sa tête ou ses mains. Cette antériorité de la nature sur l'activité humaine, rappelée avec force - mais non sans de lourdes ambiguïtés - par les chantres de l'écologue, est paradoxalement refusée quand il s'agit de l'homme. Or, le refus d'enraciner le déploiement de la liberté dans l'objectivité d'une "nature humaine" constitue la matrice idéologique des bouleversements que connaissent nos sociétés. Le choix de ce thème est donc une protestation contre la société de la révolution permanente : je refuse mon nom, mon sexe, mon âge, etc. L'homme voudrait être cette chose chimérique, qui consiste à être en construction permanente, en autoproduction continue (...). Pour parler comme Derrida, le refus moderne de la nature est une déconstruction qui doit elle-même être déconstruite. Nous y travaillerons avec entrain cet été.»


Quand on écoute un dominicain - j'en ai entendu plusieurs lors des prêches de carême de ma jeunesse - tu comprends vite que nos ancêtres cathares n'avaient aucune chance, même avec le concept surpuissant de l'enfermement de l'homme dans sa tunique charnelle par le Principe du Mal matériel qui préexistait à tout. On a compris qu'en l'affaire, il s'agit aussi de diaboliser les évolutions sociétales réputées toxiques à droite, une continuation d'un combat toujours recommencé.
La session de juillet étant réservée aux jeunes gens de 18 à 35 ans, je devrai attendre un peu... ma réincarnation ! Dommage, les contributeurs sont vraiment relevés et docteurs au moins, dont le doyen Brochier de l'Institut de Philosophie Comparée de Paris (facultés libres), qui avait mouché l'ex-urologue médiatique Laurent Alexandre à la table ronde de Polytechnique en janvier 2019.

Quant aux origines et activités de la FSVF, c'est très bien expliqué sur la Wikipedia en cliquant ici. leur site, . Ce sont au départ des dominicains dissidents.

* Session 2021 de la Semaine Aquinas, Institut Croix-des-Vents, 55, rue d'Argentré, 61500 Sées - du 25 juillet au 1er août 2021, participation de 125 euros par personne



Venons-en au magazine en lui-même.


Sur la forme, le progrès est net par rapport à l'AF2000 même si on voit encore des "carrés blancs" qui devraient être emplis d'encarts publicitaires payants. Il n'y a pas d'excuse sauf un peu d'indolence à démarcher de la pub. Qui pis est, le maquettiste ne maîtrise pas la résolution PPP de l'iconographie. La mauvaise photo du Traité de l'Elysée, récupérée sur Wikicommons, n'a pas sa place dans un magazine qui recherche la qualité. Et la quatrième de couverture est "perdue" dans une affiche militante, quand on pourrait y gagner des sous.
Sur le fond, du meilleur et du moins meilleur, mais nous n'allons pas distribuer des notes. L'angle reste étroit et l'information est trop souvent destinée aux initiés. Que comprendre au projet d'école intégrale de l'ancien coordonnateur de Saint-Jean de Passy quand on ignore les motifs de son licenciement déclenché par une "curée indigne" dont personne ne m'a parlé. Ouvrir l'angle ne nuit jamais à un mensuel s'il a l'ambition de quitter le nanocosme militant, ce qui ne signifie pas que l'on doive ignorer les nouvelles du front. Le récit de l'intrusion de l'AF Toulouse au Conseil régional d'Occitanie est parfaitement fondé sur les dérives islamiques documentées de la présidente Delga. Le tapage médiatique était recherché par nos militants toulousains dans la pure tradition d'agit'prop ; il fut acquis. Dont acte et bon sujet !
Néanmoins ce mois-ci, il me manque une analyse des effets probables de la mort d'Idriss Déby sur nos affaires au Sahel. Nous avons cinq mille hommes engagés. Ferons-nous comme les Américains en Afghanistan ? Insister en coopération avec des armées locales sous-motivées pour partir ensuite au milieu du gué, au plus mauvais moment, pour un motif électoral métropolitain ? J'aurais aussi aimé un article de vraie découverte, sur des sujets plus actuels que l'éternel retour aux idées de Maurras ou la doxa classique AF : bitcoins, permaculture, hégémonisme chinois, ordinateur quantique, dépollution des océans, les sujets intéressants ne manquent pas. Mais peut-être une politique éditoriale a-t-elle décidée de garder l'angle étroit (?!) pour des raisons qui me dépassent et si je veux un journal différent, que je le produise donc !

La conclusion de l'article sur le numéro 15 faite en février 2020 a toute sa place ici : "le fond est très intéressant, la forme améliorable, la quantité de pensée au mètre-carré est à augmenter, surtout que le prix au numéro reste élevé : 6,36 euros."

Le mensuel est sur abonnement, soit numérique à 50 euros par an (11 n°), soit normal à 70 euros. Envoyer son chèque à l'ordre du CRAF au Bien Commun 10 Rue Croix-des-Petits-Champs 75001 Paris

Le Bien commun nouveau est arrivé

Après l'extinction des feux du bimensuel L'Action Française 2000, continuateur de l'hebdomadaire Aspects de la France, le Centre royaliste d'Action française associé à La Restauration nationale avec laquelle il va fusionner demain, lance un mensuel de 40 pages sur beau papier au titre-valise (comme tous d'ailleurs) du Bien Commun. Nous saluons l'exploit.


Si on ne peut que souhaiter le meilleur pour cette nouvelle aventure éditoriale, on remarque déjà une forte empreinte endogamique qui ferait qualifier le premier numéro de bulletin de liaison de l'Action française tant les sous-entendus sont nombreux dans les textes et s'adressent à des habitués plus qu'à des prospects, même si on a enfin économisé la "page 15" d'informations internes au mouvement.
Nous devons considérer que cet essai est le "numéro 0" de la publication et qu'il reste à caler une ligne éditoriale plus ouverte pour ratisser plus large, ainsi que nous le montrèrent dans le passé des organes aussi différents que furent La Nation française ou Les Epées, ...avant que de disparaître à leur tour, faute de "nerf", hélas.

La maquette actuelle consomme du papier alors que celui-ci est cher, surtout dans cette qualité. Les décideurs devraient réfléchir à deux ou trois points améliorables :
- rétrécissement des marges d'impression pour gagner de l'espace ;

- réappropriation d'une "une" rédactionnelle en lieu et place de la grande photo sensée accrocher l'acheteur en kiosque. Mais la diffusion y est-elle majoritaire ?

- ...

Personnellement, le numéro 1 m'a convaincu dans sa section "Politique étrangère" et sa section "Littérature". Les pages "télévision" et "cinéma" sont en revanche inutiles car trop décalées de leur actualité. Il faudrait choisir carrément entre une rédaction "hebdo" et une rédaction "mensuel". Le modèle mitigé antérieur était perdant qu'il n'en faut pas retenir les hésitations et sans doute pas les espacements qui mangeaient sur le rédactionnel. Un objectif ? Densifier, densifier, le lecteur a tout un mois maintenant pour en venir à bout.

Reste une question taboue : le parti-pris de refuser toute publicité au motif de la liberté rédactionnelle d'un journal d'opinion ne tient pas longtemps, mais évite surtout la corvée de chercher des annonceurs. Tout le monde n'a pas le tirage du Canard enchaîné. Or l'argent demeure et pour longtemps le premier sujet de discussion au sein d'un journal papier voire même numérique. Et pour finir sur ce mot, quel site internet est prévu pour épauler le mensuel et le faire "vivre" entre deux parutions ?
Bonne chance au Bien Commun et Bravo !


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