Les journaux "royalistes"

Depuis l'arrêt de parution du quotidien L'Action Française canal historique à la Libération, la communication royaliste n'a jamais pu retrouver le lustre d'antan. La presse quotidienne est un monde fermé, à part, c'est la vraie presse. On parle même de PQR, presse quotidienne régionale, pour désigner la section provinciale de la vraie presse. L'hebdo c'est du magazine, le mensuel, une revue. Plus espacés, ce sont des cahiers d'érudition comme Les Annales de l'EHESS (env. 400p) voire de réflexion comme Front Populaire (env. 150p). Le distributeur de presse c'est le kiosque, voire le point-presse ou le présentoir du bar-tabac.

Il n'y a plus de "journaux" royalistes depuis longtemps. Nos hebdos éphémères passent ensuite au mois faute de lecteurs en nombre suffisant avant de disparaître. Deux publications tirent encore au marbre, Le Bien Commun du CRAF et Politique Magazine de la RN. Ce sont des mensuels de bonne qualité mais comme ils ont versé du côté obscur de la Force, ce sont des publications de la droite dure noyées parmi les papiers du microcosme, mais de peu de poids pour promouvoir la monarchie.
On y lira tout ce qu'on lit dans les autres journaux de la sphère réputée complotiste comme Rivarol, L'Incorrect, Minute, Valeurs actuelles... On en lit un, on n'a pas besoin de les lire tous, ils se recopient. Et la presse du perpétuel mécontentement finit par lasser car elle se substitue et empêche la réaction. Les défis ne sont pas affrontés par la plume ou le clavier. C'est pourtant ce que nous faisons ici et maintenant. Il faut chausser les bottes de fer !

L'alternative numérique n'est pas mieux lotie bien que voulant surfer sur la vague Internet. Elle se veut quotidienne mais ne compile que des articles pompée dans la vraie presse. Paie-t-elle les droits ? Je l'ignore. Son drame est de trop rarement rédiger des articles originaux, qui parfois sont des resucées d'analyses éparses. On n'y sent aucune doctrine fondée sur le concret. A part de se rallier au concert de crécelles de la droite extrême, elle ne produit rien en propre parce qu'elle n'a pas de plan de conquête du pouvoir, pas même un programme de conquête de l'opinion. Elle n'a plus assez de talents rédactionnels, elle n'a plus de Pierre Boutang et "la Politique comme souci" ni les grandes plumes des Épées. Prendre aujourd'hui le parti de Poutine n'est pas rémunérateur. Ce secteur est encombré de super-connards. On ne les citera pas de peur d'en oublier, ils sont nombreux et plus encore dans l'attente.

La déliquescence de la Cinquième République remet en selle la tentation monarchique. Mais il faut projeter aux gens l'image du régime proposé, leur montrer l'articulation des pouvoirs, garantir la prise en compte des aspirations populaires et avoir un canal de diffusion robuste. Les chapelains royalistes en sont incapables. Les prétendants en sont incapables. Les chapelles sont devenues des conservatoires de la pensée maurassienne, et cultivent sous serre des idées obsolètes comme le souverainisme, le Frexit ou la monnaie nationale. Elles sont des cercles de conformité aux idées vieilles ; qui séduisent parce qu'elles ont échoué ? Les chapelles ne connaissent pas la France réelle d'aujourd'hui, elles y préfèrent la France rêvée d'hier. C'est poétique, pas politique.
Il y a aussi des associations royalistes patrimoniales très sympathiques par ailleurs mais qui ne pèsent rien dans la promotion de la monarchie.

L'Action Française est devenue une ligue d'extrême-droite comme une autre, mais petit format. Elle n'a pas de solution praticable au déclin français ni à la crise de régime. Elle incante en formant le cercle de chariots, mais les Indiens ne l'attaquent pas car elle est quantité négligeable et ne peut faire masse.
Beaucoup de bonne volonté, de générosité, pas de maître à penser, pas d'innovation, pas de créativité, c'est la définition d'un musée.
Tout est à revoir !

Malliarakis ‡

Jean-Gilles Malliarakis est mort hier dimanche à Paris.

Je ne le connaissais pas personnellement mais il lisait mon travail sur Royal-Artillerie, m'avait-on dit, sans jamais intervenir du moins sous son vrai nom. Nous perdons un analyste pointu des questions greco-turques et de tout l'espace turcique, mais surtout un éditeur dénicheur de valeurs oubliées, comme la somme de Beau de Loménie sur les dynasties bourgeoises ou les travaux de Bastiat qui étaient les livres de chevet de Ronald Reagan pour apprendre l'économie, voire pour certaines proscrites comme la Volonté de puissance de Nietzsche dans sa première traduction. Quelqu'un prendra-t-il la suite aux Editions du Trident ?

Son blog L'Insolent servait à remettre à l'endroit le jugement hâtif de chroniqueurs pressés et l'actualité dans l'axe du bon sens. Il a malheureusement disparu dans le naufrage, pour le moment du moins. Peut-être que la famille le remettra en ligne. C'est une perte pour le souverainisme intelligent.

A sa famille, j'adresse mes condoléances les plus sincères.

Catoneo

Pierre Builly †2025

L'Action française a perdu deux communicants d'importance en la personne de Michel-Yves Michel et de Pierre Builly, décédés au début de ce mois. Le premier était sociologue, réactionnaire et royaliste providentialiste, fervent soutien du prince d'Orléans en attente, mais un peu touffu dans ses pérégrinations doctrinales, finalement un peu daté mais toujours au rempart (archives).

Le second était sous-préfet et officier de la Légion d'Honneur, à de nombreuses reprises, attaché de cabinets ministériels voire chef de cabinet de Jacques Toubon, et pas moins royaliste que le premier mais plus subtil.

Comme le sous-préfet aux champs d'Alphonse Daudet mâchonnait des violettes en versifiant dans le petit bois de trousse-chemise, Pierre Builly était un cinéphile savant qui a produit plus de trois centaines de recensions cinématographiques de haute qualité avec le ton juste et les détails qui vous font revenir. Vers la fin de sa vie, il participait par ses "films" et ses commentaires à la vie du quotidien méridional en ligne Je Suis Français, pour faire redescendre parfois l'exaltation de contributeurs royalistes trop éloignés du vrai pays réel. Il va nous manquer.

Olivier Perceval a fait la double eulogie qui va bien ici.

Aux familles et aux amis de chacun, nous présentons nos condoléances sincères.
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